L'Éditorial du 13 septembre 2026
« FUCK LA PLANÉTE[1]
Nous venons de passer un été extrêmement pénible et pour certains tout à fait catastrophique, ponctué d’événements météorologiques d’une grande violence. En cause une chaleur insupportable et des canicules à répétition. Même si la chose était prévue et attendue par tous les scientifiques et par tous ceux qui ont une conscience claire de la situation de la planète, pour les autres ce fut sinon une surprise, du moins un étonnement devant l’ampleur du phénomène et sa durée. Plus grave, strictement rien en France n’avait été ni prévu ni imaginé par le gouvernement pour faire face à cette nouvelle donne climatique devenue à présent la norme.
Le réchauffement climatique est un voyage en terre inconnue, puisqu’aucun humain n’a jamais expérimenté un climat planétaire aussi chaud. Il affecte notre santé, met en péril l’ensemble du vivant, paralyse et pénalise nos activités économiques, provoque des milliers de décès, touche en priorité les plus faibles d’entre nous et coûte à nos sociétés financièrement exsangues « un pognon de dingue » comme dirait un certain qui affecte de découvrir le problème.
Pour autant, il n’est là rien qui eusse dû nous surprendre. Nos émissions de méthane et de protoxyde d’azote, pour ne parler que d’elles ne faiblissent pas. Et l’on sait depuis plusieurs décennies qu’il existe une relation quasi proportionnelle entre la température moyenne de la Terre et la quantité de CO2 produite par les sociétés humaines et accumulée dans l’atmosphère. C’est une loi physique qui, à la différence des lois humaines, n’est ni modifiable ni négociable. Elle s’impose à nous, point final. A vouloir sciemment l’ignorer, nous allons aujourd’hui payer le prix fort et ce pendant de nombreuses années.
Ce d’autant plus que malgré un constat de plus en plus évident et partagé, l’activité humain génératrice de gaz à effet de serre ne faiblit pas, au contraire même. Or, le méthane, notamment émis par les ruminants, a un pouvoir très réchauffant, mais il disparait en dix à vingt ans par réaction chimique. Par contre, le CO2 lui met plusieurs centaines, voire pour une partie, plusieurs milliers d’années à quitter l’atmosphère.
La cécité volontaire de nos sociétés est une immense sujet d’étonnement pour tous ceux qui travaillent et réfléchissent à ces problématiques, les scientifiques de toutes spécialités en premier lieu. Nous savons pertinemment que la combustion des matières fossiles, charbon, pétrole et gaz sont responsables de près de 90 % de nos émissions de gaz à effet de serre, les 10 % restant étant produits par la déforestation et l’usage des terres. Le problème est depuis toujours purement politique. Les puissants lobbyings de ces entreprises extractives et destructrices constituent une partie du problème ; l’autre est constitué par l’incompétence, l’inconsistance, la veulerie, la complicité interessée et la lâcheté du personnel politique de tous bords voire de tous pays.
L’homo sapiens scie la branche sur laquelle il est assis avec de plus en plus de vigueur. Il a rompu les grands équilibres de la planète, ceux permettant son habitabilité. Un suicide consenti, prévisible et apparemment assumé par les dirigeants de l’espèce. Notre cerveau, cet instrument dont nous sommes si fier, comporte de gravissimes lacunes qui, peut-être, à terme engendreront l’extinction d’une espèce dépassée par son expansion.
L’espèce qui a tout fait pour survivre devient celle qui organise sa propre fin !
Jacques Lavergne
[1] Pour reprendre le titre de l’excellent documentaire à visionner absolument de Jean-Robert Viallet et Jean-Baptiste Fressoz, « Fuck la planète : le choix du réchauffement » diffusé par ARTE et visible en replay
L'Éditorial du 23 juin 2026
« Quo vadis France ?
Notre pays est-il encore véritablement gouverné ? Un président de la république, toujours aussi hors sol et privé de la plupart des pouvoirs qu’il s’était octroyés, essaye d’exister en tentant de faire illusion sur la scène internationale. Un premier ministre en sursis car sans majorité expédie maladroitement les affaires courantes plus qu’il ne gouverne, entouré par des ministres dont la plupart sont des inconnus sans envergure et sans idées. Certains qui se sont fait un nom à l’intérieur ou à la justice démontrent leur triste incapacité à assumer leurs responsabilités et leur bilan.
Et surtout à dire la vérité : ils ont échoué et en font porter courageusement la responsabilité à des fonctionnaires lampistes. Rien que des hommes d’État on vous dit ! Pas étonnant que notre pays soit devenu inaudible tant en Europe qu’à l’international. Faillite complète de dix ans de macronisme, ce qui ne serait pas grave si ce n’était que cela se traduit par celle de la France dans de nombreux domaines. Et, gravissime, par la fragilisation de la Démocratie.
Et bien sûr tout ce petit monde politique, de droite comme de gauche, un petit monde d’où n’émerge aucune figure ni marquante ni crédible, n’est préoccupé que par une seule chose : l’élection du Président de la République. Habituel et désastreux court termisme comme l’est leur cécité face aux grands problèmes auxquels nous sommes confrontés : mutation climatique totalement impréparée, pollution multiforme, écroulement préoccupant de la biodiversité, finances en ruine, justice sociale et fiscale aux oubliettes, services publics (notre patrimoine commun) à l’os, un pays de consommateurs ne produisant quasiment plus rien, une dépendance sur des besoins essentiels au bon vouloir d’autres pays (notamment en matière numérique, suivez mon regard), une agriculture à réformer de fond en comble gérée par un syndicat d’agro-industriel uniquement préoccupé par les seuls intérêts financiers de certains de ses membres, une culture bafouée et marginalisée. Et j’en passe.
Aucune anticipation, aucune préparation, aucune perspective : on court après les problèmes, on écope vaguement de-ci de-là pour faire croire que l’on dirige. Agitation, posture, communication creuse, fake news, un sujet balaye l’autre dans un étourdissant et médiocre ballet : ou comment créer l’illusion de l’action ! Et ceux qui ne sont pas au pouvoir, pour ne pas être en reste, font assaut de propositions aussi populistes que surréalistes. En plus d’être resté au siècle dernier, notre personnel politique apparait comme totalement dépassé par une situation nationale et internationale (l’un ne va pas sans l’autre) complexe et inquiétante, nécessitant pour l’appréhender de solides compétences polymorphes.
La triste vérité oblige à dire que, selon toutes évidences, peu les possèdent : quo vadis France ?
Jacques LAVERGNE
L'Éditorial du 25 mars 2026
« Ô TOULOUSE
On ne pourra pas dire que cette campagne électorale des municipales en France restera dans les annales comme un moment de débats apaisés,
d’intelligence partagée, de lancement d’idées novatrices. Nous avons assisté à une foire d’empoigne autour d’anathèmes, d’insultes, de poncifs éculés, de
fake news, de slogans racoleurs, de propositions populistes et de stupidités dont le peuple français et surtout ces représentants n’ont pas lieu d’être fier.
Toulouse n’a hélas pas fait exception à la règle même si politiquement la situation était particulière. Un maire sortant arrivé en tête (37,23%), un
candidat LFI se classant deuxième à la surprise générale (27,56%) et un socialiste troisième (24,99%) (total gauche 52,55%). Ce dernier François Briançon, fort marri de son inattendue et inconfortable position, dut alors se poser la question existentielle : alliance ou pas alliance ? Il a choisi la liste commune avec l’autre François, estimant que lorsque l’on est de gauche, on joue à gauche. Un raisonnement qui ne manque ni de bon sens ni de logique politique, ce d’autant moins que leurs programmes respectifs se ressemblaient passablement. Et que les deux hommes avaient signé un texte commun condamnant racisme et antisémitisme.
Qu’arriva-t-il ? Et bien tout le petit monde politique local lui est tombé dessus à bras raccourci, le vouant aux gémonies. La droite, cela parait des plus normal, elle était dans son rôle. Mais la gauche l’était-elle ? Après avoir prôné pendant des années le NFP (Nouveau Front Populaire), renversement de tendances, virage à 180°, on brûle ce que l’on a adoré, LFI n’est plus en odeur de sainteté, sus à ses candidats et honte à ceux qui s’allient avec eux, fussent-ils des vieux camarades de parti. L’ennemi ce n’était plus la droite et son représentant comme on aurait pu s’y attendre mais ce nouvel attelage présenté comme contre nature.
Encore si le candidat PS était arrivé deuxième et donc en position de force, l’affaire aurait pu passer, on aurait baissé d’un ton. Mais là… troisième et donc obligé de laisser à son nouveau colistier Piquemal le gain éventuel de la mairie ! Alors, tous les biens pensants de gauche de se mettre à crier « haro sur le baudet » et à accabler ce pauvre François Briançon lequel a bravement tenu tête dans la tempête, ce qui est tout à son honneur.
Avec en tête des contempteurs la Présidente de Région Delga n’ayant aucune envie d’avoir dans son jardin un maire de Toulouse susceptible de lui faire de l’ombre, ce qui est une erreur de jugement de sa part puisqu’elle y parvient très bien toute seule. Et puis les socialistes ont ressorti de la naphtaline quelques vieux caciques donneurs de leçons de morale du haut de leurs échecs oubliés ou d’autres plus jeunes mais heureux d’honorer la théorie de René Girard, très en vogue aux USA trumpien, celle du bouc émissaire.
Et donc fort logiquement, l’affaire étant pliée dès le soir du premier tour, Jean- Luc Moudenc a été confortablement réélu pour un troisième mandat (53,87%)
notamment avec les voix de ceux qui, quelques semaines avant et tous partis de gauche confondus, ne rêvaient que de le mettre à la retraite.
Sic transit gloria mundi….
Jacques Lavergne, le 24 mars 2026, ESPRIT OCCITANIE
L'Éditorial du 21 février 2026
« Le cadmium et la dangereuse irresponsabilité politique
Les médecins libéraux, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), quelques autres aussi, se sont mobilisés afin de « sonner le tocsin », d’alerter politiques et opinion publique sur le danger majeur représenté pour la santé des Français par la teneur en cadmium de certains aliments, malheureusement les plus consommés. Des organes de presse, et pour ne citer qu’eux, le Monde (article du 18/02/26 sous la signature de Stéphane Mandard) ou le Canard Enchainé (édition du 18/02/26, Yann Voldoire) ont relayé ces pressantes inquiétudes.
Qu’est-ce que le cadmium ? Un métal très toxique présent dans les engrais phosphatés (majoritairement pour la France en provenance du Maroc) destinés à fertiliser les terres agricoles. Où le trouve-t-on ? « Dans le pain, les produits à base de blé comme les pâtes, les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits, les pommes de terre et les légumes » ANSES. Autrement dit dans bon nombre de produits constituant la base de notre alimentation. Or, le cadmium est classé cancérogène depuis 1993, et qualifié par les médecins de « bombe sanitaire » dont ils pointent « l’explosion de la contamination ».
Quels effets dangereux produit-il sur notre santé ? Considéré comme mutagène et toxique pour la reproduction, le cadmium est notamment « suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l’incidence du cancer du pancréas », selon l’agence gouvernementale Santé publique France. Les enfants en sont les premières victimes avec une sur-incidence des cancers pédiatriques. Un tiers des moins de trois ans dépassent la dose journalière tolérable. Inacceptable.
Depuis 2021, les agences gouvernementales et le corps médical préconisent de baisser la teneur en cadmium autorisée à 20 mg/kg afin de limiter son accumulation dans les sols et les végétaux. Cette teneur est actuellement en France de 90 mg/kg, soit plus du double de la norme en vigueur dans l’Union Européenne ! Que fait le gouvernement, par ailleurs parfaitement informé de cette situation ? Rien ! Ah si quand même : des promesses sur une éventuelle régulation. Bien évidemment jamais suivies d’effets…
Il est donc urgent de décontaminer les engrais, ce qui aurait un surcoût de 2 à 3 € par hectare de blé soit un peu moins de 0,2 % de la culture du blé. A cet effet un député de la Charente Maritime, Benoît Biteau, également agriculteur, a déposé un projet de loi tendant à interdire les engrais phosphatés dès le 1er janvier 2027. Une proposition qui, avant même d’être présentée en séance publique, se heurta à un tir de barrage orchestré bien sûr par l’omni présente FNSEA, relayée par la droite, les macronistes et le RN. Le groupe Liot (indépendants) a même eu l’indécence de présenter un amendement repoussant l’interdiction au 1er janvier… 3027 !!!
On voit par-là l’immense mépris pour leurs concitoyens de bon nombre de nos politiques et des tenants de l’agriculture intensive. Ainsi que le peu de cas fait par eux de notre sécurité alimentaire, de notre santé, de notre avenir. Dame, c’est tellement plus gratifiant pour les uns de faire de l’argent (même au prix de la destruction de l’environnement, donc de notre espace vital) et pour les autres de poursuivre leurs jeux politiciens stériles bien au chaud derrière leur confortable statut dont nous assumons tous la charge…
Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 21 février 2026
L'Éditorial du 08 novembre 2025
« LE MERCOSUR ? BIEN SÛR… !
Cela fait trente ans que l’UE négocie de façon spasmodique ou plutôt ergote avec cet accord du Mercosur. Durant ces quelques dizaines d’années, le monde a plusieurs fois changé de physionomie. Il fut un temps où les critiques contre cet accord, et également contre celui du CETA (avec le Canada), étaient tout à fait justifiées. Mais la « mondialisation heureuse » a avortée. La position libre échangiste de l’Europe a d’ailleurs beaucoup contribué à développer le sentiment d’Euroscepticisme et la montée en puissance des extrêmes droites. Mais ce libre échangisme est mort, nous nous acheminons plutôt vers une fermeture des frontières commerciales.
L’UE a considérablement évoluée, elle a pris des mesures, en grande partie sous la pression des opinions publiques : renforcement des contrôles des investissements étrangers, élaboration d’une politique industrielle européenne, taxe minimale des entreprises multinationales, obligation pour les sous-traitants répartis dans le monde de respecter les droits humains fondamentaux, les normes sociales et environnementales de base. De quoi se préparer à une sérieuse mutation rendue nécessaire par les évolutions relativement récentes de la géopolitique et de la géoéconomie du monde.
En effet, l’Europe est prise en tenaille entre Trump et Xi (et leur allié Poutine) qui visent à la fois l’affaiblissement de l’Union Européenne et celui de ses régimes démocratiques pour eux insupportables. Une alliance des hommes se croyant forts, assez en tout cas pour imposer aux autres pays une relation de subordination. Il est temps de réagir, de créer d’autres relations transatlantiques, de se rapprocher d’autres pays, de rompre cet isolement naissant de l’UE en butte à des pays hostiles à ses valeurs et à ses intérêts.
Ce qui passe par la correction de ses propres lacunes personnelles (cf. les rapports Letta et Draghi). Mais aussi par des alliances stratégiques avec ces pays improprement nommés du « sud-global ». A commencer par ceux d’Amérique du sud dont nous sommes proches et culturellement et par le niveau de vie, avec qui nous n’avons pas de séquelles de colonialisme. Ils cherchent aussi des alliés, il serait souhaitable que nous soyons ceux-ci plutôt que la Chine. Ils disposent des matières premières essentielles pour assurer notre transition énergétique (lithium, cuivre, terres rares). Autrement dit nous avons tout pour nous entendre et réussir ensemble à nous passer des marchés américains et chinois dont nous sommes trop dépendants et qui vont progressivement se fermer à nos produits.
Les craintes de certains en matière agricole sont largement surestimées, voire confinent à la mauvaise foi. Beaucoup de nos exportations de produits agroalimentaires vont profiter de cet accord. Les produits importés chez nous devront respecter intégralement les normes européennes (notamment absence d’OGM et de pesticides interdits en Europe), seuls ceux ne provenant pas de zones déforestées pourront rentrer chez nous. La Commission l’a expressément prévu, les contrôles seront renforcés. Elle va mettre en place des mesures de sauvegarde en cas de déstabilisation européenne si l’accroissement des importations du Mercosur est trop rapide. Les quantités de biens importés bénéficiant de faible droits de douane seront très réduites : 1,5 % de la production européenne de bœuf, 1,3 % de celle de volailles !
Alors comme on peut le lire dans l’excellente revue le Grand Continent (1), « le bœuf argentin est-il plus dangereux que la Russie ? ». Bien sûr qu’il faut ratifier au plus vite ce Mercosur devenu aujourd’hui une chance, une opportunité économique et diplomatique ainsi qu’un levier pour la politique extérieure de l’Europe.
Pour la radio-web ESPRIT OCCITANIE / Jacques Lavergne / 8 novembre 2025
(1) Article du 5-11-25 ; Josep Borrel, Guillaume Duval
L'Éditorial du 29 septembre 2025
« Le mur des lamentations »
Depuis le jugement de Nicolas Sarkozy, nous sommes noyés sous des lamentations venant de ses soutiens et plus largement de sa famille de pensée. Lamentations qui consistent essentiellement à dénigrer la Justice française et les juges. On se croirait aux Etats-Unis : finalement la France comporte beaucoup de mini-Trump qui aimeraient réécrire l’histoire et modifier la vérité voire la tordre avec une infinie mauvaise foi afin qu’elle corresponde à leurs désiratas. Ces tentatives permanentes et à grande échelle de manipulation de la réalité trahissent la déliquescence de nos sociétés. Une attitude irresponsable en ce qu’elle est une atteinte à la démocratie qui n’a nul besoin de cela. Surtout elle ne s’appuie que sur des considérations partisanes et idéologiques négligeant volontairement les faits, le dossier, l’ordonnance de renvoi devant la juridiction et bien sûr un épais jugement tout à fait mesuré (380 pages à la disposition de tous) parfaitement documenté et argumenté.
Un de plus devrais-je écrire, car cet homme les a accumulés. Que l’on en juge :
1- Nicolas Sarkozy a été condamné le 17 mai 2023 par la Cour d’appel de Paris à 3 ans d’emprisonnement dont 1 an ferme, exécutable sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique, pour corruption active de magistrat et trafic d’influence actif dans l’affaire dite Bismuth.
2- Le 30 septembre 2021, Nicolas Sarkozy est condamné dans l’affaire Bygmalion à un an de prison ferme, aménagé en détention à domicile sous surveillance électronique. Le 14 février 2024, la cour d'appel confirme la culpabilité et prononce une peine de douze mois d'emprisonnement dont six avec sursis, également aménageables.
3- Le 25 septembre Nicolas Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs.
Des procédures transparentes sur lesquelles ont travaillé des dizaines de juges et d’auxiliaires de justice, des dossiers suivis par une infinité de journalistes. Certains d’ailleurs, présents aux audiences, s’attendaient à des peines beaucoup plus lourdes. Alors que l’on arrête de nous servir les ridicules fables de la haine, du complot ou de je ne sais quelle grande conspiration.
Les incriminations présentes dans ce dossier s’appuient sur des textes précis et curieusement tous modifiés dans le sens de l’aggravation par des gouvernements de droite soucieux de durcir la politique pénale. L’association de malfaiteurs remaniée par Jacques Chirac ; l’exécution provisoire en 2004 généralisée par la loi Perben II, époque où Raffarin était premier ministre et avait un ministre de l’intérieur plaidant pour un accroissement de la répression, un certain….Sarkozy Nicolas !
Et oui, ce sont les politiques qui font les lois, les juges ne font que les appliquer. En l’occurrence, en vertu de ce texte, l’exécution provisoire est prononcée dans 90 % des cas. Et une femme ou un homme politique est un justiciable comme un autre. Sinon cela ne s’appelle pas une démocratie. Au surplus, ce ne sont pas les juges qui sont allés sur le terrain politique, mais bien les politiques qui ont été conduits dans le prétoire par leurs actes délictueux. Personne, sinon leur immoralité et leur manque d’éthique, ne leur avait demandé de les commettre. Alors que l’on ne vienne pas nous bassiner avec un pseudo « gouvernement des juges » !
Bref, c’est sûr, nous ne sommes pas dans ces démocraties nordiques où la probité des politiques est érigée en vertu cardinale. Mais tout de même nous ne sommes pas non plus dans une république bananière. Alors, la JUSTICE doit passer, elle l’a fait et bien fait.
En ce qui me concerne, je paye mes impôts sur la totalité de mes revenus : je souhaiterais que certains (suivez mon regard) en fassent autant. De même, je respecte la loi : je souhaiterais que tous en fassent de même. Nous sommes très nombreux dans ce cas. Alors que certains, milliardaires ou politiques, arrêtent de nous prendre pour des demeurés et assument leurs actes et leurs obligations, comme tout un chacun, sans passe-droit ni pathos destiné à émouvoir les foules, pour ne pas écrire à les abuser.
Jacques LAVERGNE
L'Éditorial du 22 septembre 2025
« LA PRÉDOMINANCE DU CRÉTIN »
En 1988 deux italiens, Carlo Fruttero et Franco Lucentini font paraitre sous ce titre un choix d’articles publiés entre 1970 et 1980 par le quotidien turinois La Stampa et tous plus ou moins reliés à la bêtise. Heureuse initiative mais si ces deux hommes voulaient réitérer, ce n’est pas un livre qu’ils écriraient mais plusieurs dizaines tant la matière est devenue abondante. Et bien évidemment, ils trouveraient sur ce sujet une grande inspiration en regardant vers l’Amérique, vers son actuel dirigeant Trump et ses affidés. Même si ce dirigeant et ses admirateurs/complices ne représentent pas à eux seuls – il s’en faut de beaucoup – toute la bêtise du monde, ils représentent une facette particulièrement redoutable de celle-ci.
Bien sûr en matière de bêtise satisfaite, Trump est une caricature, voire même une synthèse. Et il en tient une telle « couche » que beaucoup de dirigeants de par le monde, stupéfaits d’une telle crétinerie boursoufflée et vulgaire à ce poste de responsabilité, ne savent pas comment l’aborder et gérer la relation. Parce qu’au surplus, il fait partie d’une catégorie bien spécifique et redoutable : le crétin dangereux. Dangereux parce qu’au plus haut sommet du pouvoir du pays le plus puissant du monde : les Etats-Unis d’Amérique. C’est dire les dégâts que cause et va causer la gouvernance erratique de pareil individu non seulement au niveau des USA mais également au niveau du Monde. Sans compter les émules de ce sinistre individu qui se sentent pousser des ailes un peu partout sur la planète, à commencer par chez nous où l’extrême droite le regarde avec les yeux de Chimène (celle des autres pays aussi bien sûr). Qui se ressemble…
Gabrielle Hecht, historienne américaine, enseigne à la prestigieuse université Stanford, dans la Silicon Valley. Cité par l’hebdomadaire Le 1 (10/09/25), elle n’y va pas par quatre chemins pour qualifier la situation : « Ce qui se passe aux Etats-Unis relève ni plus ni moins du fascisme » et de poursuivre ainsi : « un vent d’autoritarisme souffle sur le pays, et il charrie avec lui une nouvelle idéologie, celle de la gouvernance par l’ignorance ». Considérant que son travail est devenu idéologiquement inacceptable, elle s’apprête à rejoindre le Laboratoire population-environnement-développement (LPED) de l’Université d’Aix-Marseille. Décision certainement difficile à prendre et à vivre mais compréhensible devant une liberté intellectuelle devenue de plus en plus rare aux Etats-Unis.
Menaces, intimidations, censure, sanctions, asphyxie financière, partition du pays, démantèlement des institutions scientifiques, plus largement dénigrement systématique de tout ce qui est scientifique et intellectuel, confusion des genres entre politique et religieux, attaques tous azimuts envers le système démocratique, confiscation autoritaire du pouvoir, violences verbales, fort avec les faibles, faible avec les forts, trahison des alliés historiques, avant tout soucieux de ses intérêts financiers et de ceux de son groupe familial. Telle est la politique de Trump, ce dirigeant qui s’exprime avec quelques dizaines de mots, à peu près le même vocabulaire que celui d’un enfant de dix ans. Et dont la stratégie consiste à corrompre le réel en manipulant les faits pour les rendre compatibles avec sa représentation simpliste du monde[1]. Une attitude qui impacte dangereusement le monde entier tant la politique des Etats-Unis était jusqu’ici intriquée avec les affaires mondiales.
Dans un moment où les conditions d’habitabilité de la planète sont menacées et où des dictateurs sanguinaires rendent celle-ci de plus en plus dangereuse, nous n’avions pas besoin de ce nouvel avatar.
Nous assistons à une profonde et inquiétante régression protéiforme de la pensée et de l’esprit. Mais aussi de la démocratie et des libertés. Voire même de la culture : être inculte est brandit par certains comme un drapeau. Autrement dit, tout ce qui constitue le socle de nos Valeurs est menacé. Nous attendons des dirigeants de nos pays européens respectifs et des institutions européennes, la réaffirmation haut et fort de celles-ci. Ainsi qu’une attitude digne et ferme vis-à-vis de Trump et de ses soutiens, dont on ne peut pas dire qu’ils soient ce que l’espèce humaine a conçu de meilleur. Bien que sur le plan de l’abjection, le titre risque d’être chèrement disputé !
« La liberté existe, il suffit juste d’en payer le prix » écrivait Montherlant. J’espère que beaucoup d’entre nous sont prêts à le débourser.
[1] Voir Gérald Bronner : A l’assaut du réel aux PUF et l’émission Essais Marquants qui lui est consacrée sur Esprit Occitanie
Jacques LAVERGNE
Andorre : la neige et l'avenir en pente douce
En Andorre, la montagne commence à douter. Station après station, saison après saison, le constat s'impose : la neige devient plus rare, plus instable, plus difficile à exploiter. Sur les pentes pyrénéennes de cette principauté nichée entre France et Espagne, une inquiétude gagne du terrain : combien de temps encore pourra-t-on faire reposer tout un modèle économique sur l'or blanc ?
Ces dernières années, les signaux d'alerte se multiplient. Les chutes de neige naturelles se font attendre. Les ouvertures de saison sont de plus en plus tardives, les fermetures plus précoces. La neige artificielle, longtemps considérée comme une solution technique rassurante, couvre désormais jusqu'à 60 % des pistes andorranes. La saison 2024-2025 a pu paraître correcte grâce à quelques périodes de froid bienvenues. Mais derrière cette apparente normalité se cache une réalité bien plus fragile : celle d'un équilibre rompu entre montagne, climat et rentabilité. Le cœur du problème est climatique. Le réchauffement global n'épargne aucun massif, et les Pyrénées, à moyenne altitude, sont particulièrement sensibles. Depuis un siècle, les températures y ont augmenté de plus de 1,5°C. Or, à ces hauteurs, une élévation d'un degré suffit à bouleverser la frontière entre pluie et neige. La limite d'enneigement naturel remonte, les périodes de froid se raccourcissent, et les chutes de neige ne
garantissent plus une couverture stable. La neige de culture devient la règle, non plus l'exception. Or, cette production est énergivore, nécessite d'importantes ressources en eau, et devient elle-même inefficace dès que le mercure dépasse un certain seuil.
Ce paradoxe en cache un autre : plus le climat se réchauffe, plus l'économie locale investit dans des solutions à court terme. En Andorre, le tourisme hivernal pèse environ 30 % du produit intérieur brut. Il fait vivre hôtels, restaurants, commerces, transporteurs, guides et saisonniers. Depuis des décennies, ce modèle a contribué à la prospérité du pays. Mais ce modèle repose sur une donnée de plus en plus incertaine : l'enneigement. À mesure qu'il décline, la dépendance économique devient un piège. Produire plus de neige, construire de nouvelles infrastructures, vendre des forfaits plus tôt ou plus tard : autant de réponses qui masquent l'essentiel. Le climat a changé et il continue de changer. Face à ce constat, une partie des acteurs locaux commence à évoluer. Des efforts de diversification émergents : développement du tourisme estival, mise en avant du thermalisme, des activités sportives douces, du cyclotourisme, de la randonnée. Des festivals culturels cherchent à animer les intersaisons. Mais ces initiatives restent marginales face au poids du ski dans les comptes publics et privés. Il manque encore un véritable projet de transition. Non pas une simple adaptation de façade, mais une redéfinition du rôle de la montagne dans l'économie andorrane. Ce virage exige une volonté politique forte. Andorre, par sa petite taille et sa réactivité institutionnelle, pourrait devenir un territoire pionnier. Anticiper plutôt que subir. Investir dans une montagne vivante, ouverte douze mois sur douze, au lieu de tout miser sur trois mois de neige incertaine. Imaginer un avenir où le ski ne disparaît pas, mais cesse d'être le pilier unique. Transformer les stations en lieux de vie et non en lieux de passage. C'est une question de lucidité autant que de stratégie.
L'or blanc ne garantit plus un avenir doré. Le climat écrit de nouvelles règles, que nul ne pourra ignorer. En prenant ce tournant, l'Andorre évitera de se retrouver à moyen terme avec des infrastructures obsolètes, des stations dépeuplées, et un modèle économique à bout de souffle. Mais si elle choisit d'inventer un nouvel équilibre entre nature, activité et durabilité, elle peut dessiner un autre récit. Celui d'un pays de montagne capable de tourner la page du XXe siècle, pour écrire celle du XXIe.
Hugo Depere Thomas
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